Quel futur voulez-vous, Drone ou MINITEL ?

Tandis que la France court le risque de retomber dans le syndrome du Minitel,  c’est-à-dire un produit national, « que le Monde va nous envier » disait-on en 1997, mais qui s’avère être une confiscation de l’internet au détriment de nos sociétés de l’internet, le tableau ci-dessous donne les gagnants et les absents.

Source : Internet Trends 2018, Mary Meeker, Kleiner Perkins & http://customer-insight-consulting.com/10-points-cles-du-rapport-internet-trends-2018-de-mary-meeker/

C’est-à-dire, regarder en arrière ou sur le côté mais surtout pas vers l’avenir, nos voisins européens amis, nos partenaires industriels dont l’État français est parfois au capital, nos partenaires lointains, ont tous pris une longueur d’avance.

A croire que la gloire du génie français, de la recherche et de l’innovation française sont à leur juste place, là où on peut les contempler à loisir, dans les livres d’Histoire et dans les Musées.

Signe du destin, ou merveilleuse anticipation de nos dirigeants, la commission européenne annonce cette semaine des budgets de 9,2 milliards et 100 milliards pour les entreprises européennes, respectivement « pour l’avenir» et pour « la recherche et l’innovation (2021-2027) »

Source : https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/budget-june2018-what-is-investeu_en.pdf

 

Source : https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/budget-june2018-what-is-investeu_en.pdf

Nous voilà sauvés ! ou presque

Grace à ces prodigieux investissements, nos villes pourront trouver des solutions de stationnement ou de verbalisation innovantes, les outils numériques et les voitures intelligentes pourront adapter leur vitesse et se mettre à l’arrêt en cas de congestion du trafic, …

Ou alors, tout le monde lève les yeux, regarde le ciel, se souvient de cette prophétie du cousin d’ICARE

Un jour, les hommes voleront, ils iront sur la lune, sur les mers au-delà de la bordure extérieure, sur des vaisseaux d’adamantium utilisant les fabuleuses propriétés du gravitorium et du vibranium pour se propulser sans effort.

Le ciel n’est pas encore confisqué, mais il est en train d’être partagé par de nombreux industriels civils ou de défense, il est quadrillé de routes invisibles à l’homme des terres.

Le ciel est aussi un fabuleux enjeu de la prochaine révolution, à l’image de l’arrivée de l’automobile, et d’un environnement qui s’est adapté. Certes, le relais de poste qui permettait de changer de chevaux en 1901 n’est plus, mais en contrepartie, des secteurs ont émergé, créant des emplois, de la richesse, favorisant les échanges, pour le grand bien de nos industries et entreprises.

Il faut toutefois nuancer cette comparaison, puisque pour en arriver là, l’automobile a mis plus de 100 ans. L’ère des drones et des taxis-volants devrait le faire en moins de 10 ans.

D’où le fait de ne pas tarder, de ne pas en faire une ligne dans un programme électoral  en 2020, … nous sommes en retard.

Parmi les industriels et les merveilleux projets portés par l’Europe, citons U-space, dans le cadre du programme  Urban Air Mobility (UAM), en français Mobilité urbaine aérienne. Ce programme vise à contribuer à la création d’un marché pour la mobilité de l’air urbain qui réunit des villes et des régions avec des entreprises, permet des solutions de mobilité innovantes.

Voici ce qu’en dit le Commissaire européen aux Transports Violeta Bulc :

Les Drones offrent des possibilités intéressantes pour les nouveaux services et modèles d’affaires, en particulier dans nos villes. En même temps, nous devons veiller à ce que les opérations de drones qui se placent au-dessus de nos têtes sont sûres, sécurisées, calmes et propres. A cet égard, l’initiative de la mobilité aérienne urbaine est un important projet de démonstration impliquant plusieurs villes européennes pour relever ces défis et un plan pour l’avenir. Il contribuera également à l’U-espace de l’ UE, qui est un projet phare de l’Union européenne pour gérer l’air le trafic à bas niveau.

L’Europe s’empare de plus en plus de la question drone :

https://www.easa.europa.eu/sites/default/files/dfu/217603_EASA_DRONES_LEAFLET%20%28002%29_final.pdf

 

Aujourd’hui, Hambourg et Genève ont signé.

Aucune ville de France ne l’a fait.

Pour nourrir la réflexion des décideurs politiques en capacité de se projeter au-delà du mandat suivant :

Les avantages tangibles pour les citoyens et leur approbation, résident dans le développement d’un marché pour les drones et les services de drones qui créera des emplois et de la croissance en Europe. En particulier dans les zones urbaines, les drones civils pourraient être un moyen de répondre aux besoins de mobilité tels que les besoins d’urgence et d’alléger la congestion du trafic ; celle-ci coûte actuellement plus de 100 milliards € par an dans l’UE seule.

https://ec.europa.eu/transport/sites/transport/files/modes/air/doc/drones-infographic.jpg

Source : https://ec.europa.eu/transport/modes/air/drones-infographics_en

Projetons-nous !

Demain, depuis ma tablette, je ferai mes courses chez mon e-magasin, je choisirai soigneusement mes fruits sur l’étalage. À l’aide du bras-caméra qui me permettra de tourner dans tous les sens ces poires, pas trop mûres, avant de décider celles que je mets dans ma panier distant.

30 minutes plus tard, mon Smartphone m’indique que mon drone-panier vient de déposer les courses sur le toit de la résidence.  Ma femme qui rentre en taxi-drone arrive dans 10 minutes sur le toit. Je la préviens pour qu’elle descende les courses par la même occasion.


Dans un monde idéal, ce scénario est d’ores et déjà possible.

Dans notre monde réel, il manque encore quelques années pour préparer cet environnement. En fait, il manque presque tout.

Pour l’ère des drones qui frappe à nos portes et à nos frontières, tout reste à faire.

L’environnement juridique tarde, qu’il soit français ou européen, les parties prenantes à la sécurité aérienne ne s’entendent pas, ou leurs avis négligés passent par les questions au gouvernement. Pourtant, cet environnement juridique ne concerne pas que la sécurité aérienne, il touche aussi le droit pénal, muet sur la responsabilité des opérateurs de drones, les textes d’urbanisme et les normes d’architecture.

Le toit de votre immeuble peut-il recevoir un taxi-drone d’une tonne ?

Descendrez-vous du toit par une échelle dans un local technique ?

Les toits doivent avoir un minimum d’aménagements normés. Considérons que la plupart des immeubles ne sont donc déjà plus aux normes d’un drone et d’un taxi-volant. Les promoteurs bâtissent pour 30 ans et hormis de rares architectes et opérateurs de drones qui y réfléchissent, il faudra des années pour valider un standard de taille de zone d’atterrissage/décollage (le nom reste à trouver), d’accès sécurisé par identification, signalement lumineux, agrément de commission de sécurité, etc.

L’urbanisme se repensera aussi en 3 dimensions, avec les architectes certes, mais aussi avec les contrôleurs aériens virtuels, sous surveillance humaine. Les solutions de contrôle aérien au-dessus des villes avancent vite. Mais les maires savent-ils qu’il leur faudra élaborer une délégation de service public accordée par la direction générale de l’aviation civile ou les préfectures, aux opérateurs en régie ou privés. Qui s’occupe de leur formation ?

Les villes elles-mêmes seront quadrillées de capteurs et de radars pour surveiller des centaines de drones dans le ciel. Quelle norme, quelle puissance, quelle autorisation de fréquence ?

Enfin, les citadins sont-ils prêts à vivre sous un ciel sillonné par les drones ?

Les esprits se préparent, en communiquant sur la haute sécurité et la grande fiabilité des drones, sur l’absence de caméras optiques supplantées par la détection lumineuse (LIDAR) plus respectueuse de la vie privée. Que les drones se parleront pour s’éviter dans le ciel, grâce à l’intelligence artificielle qui définira les priorités,  selon des protocoles de transmission qui restent à définir, nommer et normer.

Qui pourra rassurer les mouvements écologistes et les collectifs de riverains quant aux conséquences des routes de drones sur la population des rouges-gorges dans nos villes,  sur les caniches qui aboient à chaque passage d’un drone ou de son ombre ?

La difficulté de l’appréhension de cette ère tient au fait que les acteurs de cette transformation ne sont pas encore inventés, identifiés ou informés.

L’innovation, les datas, l’intelligence artificielle et la Smartcity avancent en ordre dispersé, sans cadre, sans norme et sans objectif à long terme.

Les enjeux financiers, écologiques, et les impacts sur l’emploi ou la congestion des villes sont trop importants pour manquer le départ.

Commençons par réunir des états généraux du drone en mettant tout le monde autour de la table, afin de poser les normes, anticiper les besoins, les formations et uniformiser les textes et les calendriers.

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