Une vision du futur clouée au sol

SmartCity Bordeaux

J’assistais ce matin à la 4ème conférence SmartCity organisée par La Tribune, à la chambre de commerce de Bordeaux, place de la Bourse.

Comme la précédente, il était question du vivre ensemble, de logement, de solidarités, d’objets connectés, d’urbanisme et de construction verticale.

Si les tables rondes auxquelles j’ai pu assister étaient intéressantes, je guettais une approche en 3 dimensions de la ville du futur, les airs et les drones. En vain.

Hormis une évocation des « taxis volants » par M. Alain Juppé, Président de Bordeaux Métropole, accompagnée de sourires, Métropole dont dépend pourtant Bordeaux Technowest. Et avant elle, celle de M. Jacques Mangon, Maire de Saint-Médard-en-Jalle, ville qui compte sur son territoire de belles industries aérospatiales et le festival du film par drones, Cinédrones, les intervenants restent muets sur la possibilité d’envisager les flux marchands transitant dans le ciel pour la ville, les livraisons par drone.

Si les taxis-volants font sourire à Bordeaux, ils font aussi sourire à Dubaï et à Londres, mais pour des motifs très différents, tels que la décongestion des villes, le chiffre d’affaires à venir des exploitants, la  fluidité des déplacements et les créations d’emplois.

L’approche de la ville du futur reste désespérément clouée au sol, trop préoccupée par le présent, c’est-à-dire les problèmes de circulation automobile, le stationnement, la croissance de la ville et la pollution.

SmartCity Bordeaux

J’écrivais il y a quelques semaines que la ville de Toronto (en Ontario au Canada) appréhende son futur en dissociant les flux humains des flux marchands.

Ce que j’appelle la 3èmedimension, les airs, est aussi celle sur laquelle travaille la ville de Singapour avec son université et le soutien précieux d’Airbus : le projet Skyways.

Projet Skyways - AIRBUS

Quelles sont les conséquences des marchandises, des centaines ou milliers de tonnes, qui entrent dans la ville en camion de palettes, en voitures pour les colis et le courrier, à l’heure où les automobilistes cherchent des places où se garer ?

Vous avez fait l’expérience d’attendre derrière le véhicule de livraison qui bouche la rue, le temps de décharger.

Quel est l’impact de l’évacuation par camion-poubelle, des marchandises d’hier, devenues des déchets à évacuer, qui représentent là encore quelques tonnes ?

Vous savez, ces norias de camions qui commencent au petit matin bruyamment et finissent dans la circulation du matin, reconnaissables au fumé lorsqu’on est coincé derrière, dans les bouchons matinaux.

Ces biens marchands, devenus déchets doivent ou devraient pouvoir faire l’objet d’une évacuation, en entrant par les airs, avec des drones de livraison, hormis peut-être les palettes. (Bien que JD.COM, le e-commerçant chinois évoque des drones de livraison capables de transporter une tonne – voir la vidéo d’un  récent article).

L’évacuation de ces déchets ne peut-elle pas être imaginée par un réseau d’égouts existant, sur tapis roulants par exemple, ou encore des drones roulants dans ces réseaux vers des points de collecte à l’extérieur de la ville ?

Bien entendu, mon propos n’est pas de tancer les décideurs politiques, qui ont souvent une vision limitée à un ou deux mandats. Je souhaite simplement rappeler que notre pays n’est pas propriétaire de son ciel.

Le ciel est européen et fait l’objet de convoitise.

Son parlement et sa commission sont « à l’écoute » de puissants cabinets de lobbying, qui ne demandent qu’à travailler pour Amazon, UPS, et les autres, à investir le marché de la livraison par drones, dans le ciel européen.

L’industrie innovante de la Chine ou des USA investit des sommes colossales sur le marché de la livraison par drones (dont la livraison du dernier kilomètre : last mile delivery), marché estimé à 127 milliards de dollars par le cabinet PWC, ce pendant que nos PME d’opérateurs et de concepteurs de drones peinent à financer des ingénieurs et développeurs consacrés à la recherche et développement (R&D). Le retour sur investissement n’arrivera que des années plus tard, s’ils survivent jusque là.

Alain Juppé disait ce matin qu’il fallait « accompagner le futur ».

Peut-on plutôt l’anticiper, à défaut de voir d’autres le confisquer ?

Espérons que la 5ème conférence SmartCity de LaTribune de Bordeaux prenne de la hauteur l’année prochaine et appréhende la dimension aérienne, en faisant intervenir les opérateurs locaux de drones de demain de la filière AETOS.

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